L’été dernier (le 27 juin 2018 précisément), Yohan Tison a découvert dans un fossé de la citadelle de Lille des larves de punaise bien singulières : des petits « hérissons » noirs de quelques millimètres sur un myosotis (photo 1). Il s’agissait de la première mention dans le Nord – Pas-de-Calais (SiRF, consulté le 04/05/2019) d’une espèce de punaise appelée le Tigre du Myosotis des marais (Dictyla convergens).

Photo 1.- Larve de Dictyla convergens trouvée à la citadelle de Lille

Est-ce une espèce nouvellement arrivée chez nous ? Probablement pas car les belges, plus avancés que nous sur les punaises, l’ont trouvée près de notre frontière en 2007 (observations.be, consulté le 04/05/2019) !

Cette espèce a également été observée en Picardie, dans la Somme en 2014. L’exemplaire a été prélevé et identifié par Julian Pichenot et Jérôme Collgros (ADEP).

Il n’en demeure pas moins que peu d’observations ont été faites, mais pourquoi ? Est-elle réellement rare ou alors ne l’a-t-on pas recherchée suffisamment ?

Pour répondre à cette question, nous vous proposons une enquête en plusieurs étapes :

1. Aller dans une zone humide et rechercher sa plante hôte : le Myosotis des marais (de mai à septembre)

D’après le site internet British Bugs, les larves et les adultes de Dictyla convergens se nourrissent d’une seule et unique plante : le Myosotis des marais (Myosotis scorpioides). La première étape est donc de rechercher et déterminer cette plante.

Comme son nom l’indique, le Myosotis des marais est une plante commune dans le Nord – Pas-de-Calais et assez commune en Picardie (d’après Digitale 2) qui se rencontre uniquement dans les zones humides. Mais attention : deux autres Myosotis fréquentent le même milieu : le Myosotis lâche (Myosotis laxa) et le Myosotis à poils réfractés (Myosotis nemorosa, considéré par certains comme une sous-espèce de M. scorpioides). Voici les critères permettant de les distinguer :

Fiche à télécharger ici.

2. Chercher la « petite bête »

Une fois le Myosotis des marais repéré, il ne reste plus qu’à rechercher des petites punaises dentelées marron de 3,5 – 4 mm (pour les adultes, cf. photo 2) ou noires hérissées (pour les larves, cf. photo 1).

Photo 2.- Le Tigre du Myosotis des marais Dictyla convergens adulte

Mais attention aux risques de confusions ! Une autre punaise de la même famille que Dictyla convergens (les Tingidae), polyphage (c’est-à-dire qui se nourrit de nombreuses plantes différentes), peut potentiellement être trouvée sur le Myosotis des marais. Il s’agit du Tigre à trois cornes Kalama tricornis. La larve, marron et sans « piquants », est très différente. Les adultes, en revanche, sont plus semblables (photo 3). On les distingue principalement à leurs antennes épaisses et leurs marques noires sur le pronotum.

Photo 3.- Le Tigre à trois cornes Kalama tricornis adulte

Pour vous aider dans votre quête, vous pouvez d’abord chercher des indices de présence :
– L’apparition de petits points jaunes à vert pâle (puis bruns) sur le dessus de feuilles dûs aux piqûres des punaises. L’ensemble de ces points est appelé chlorose (photo 4) ;
– puis, sur le dessous des feuilles, la présence d’excréments.

Photo 4.- Feuille de myosotis chlorosée (c’est-à-dire couverte de piqûres du Tigre du Myosotis des marais)

3. Saisir vos données

Si vous avez trouvé Dictyla convergens, merci de saisir votre observation munie d’une photo dans la base de données SiRF (Système d’information régional sur la faune) si votre observation a eu lieu dans le Nord – Pas-de-Calais ou dans Clicnat si vous l’avez faite en Picardie.
Si vous n’avez pas trouvé Dictyla convergens mais que sa plante hôte (le Myosotis des marais) était présente et que vous l’avez activement recherchée, alors vous pouvez aussi saisir votre donnée dans SiRF en cliquant dans la case « Nul » sous le nom de l’espèce ou dans Clicnat en indiquant « -1 ». Cette information est intéressante car elle indique que malgré l’habitat favorable, la punaise semble absente.

NB : Dictyla convergens est une punaise qui peut s’observer toute l’année au stade adulte mais il est plus aisé de rechercher sa plante hôte qui fleurit de mai à septembre.

Pour aller plus loin :

Sur le Myosotis des marais (Myosotis scorpioides) :

BASTIN, B., DE SLOOVER, J.-R., EVRARD, C. & MOENS, P., 2007. Flore de la Belgique (Ptéridophytes et Spermatophytes) – 5e édition, entièrement revue. Editions Erasme – Namur, Belgique. 359 p.

JACQUEMART, A.-L., DESCAMPS, C., 2018. Flore écologique de Belgique suivant la classification APG IV (Ptéridophytes et Spermatophytes). Editions Averbode/Erasme – Bouge, Belgique. 632 p.

Digitale 2

Tela Botanica – le réseau des botanistes francophones

Sur Dictyla convergens :

CLAEREBOUT, S. (in prep.). Clé de détermination photographique des « tigres » ou punaises Tingidae de Belgique et des régions voisines. Ed. Cercles des Naturalistes de Belgique. 98 p.

PERICART, J., 1983. Faune de France 69 – Hémiptères Tingidae euro-méditerranéens. 618 p.

British Bugs – An online identification guide to UK Hemiptera