Un jeu de l’oie spécifique dans les Hauts-de-France qui permet aux chasseurs de gagner à tous les coups depuis 2015. Ils viennent de décrocher 400 000 € pour 2018 et dans la case « radar » une subvention de 226 000 € (délibération 20170758).

L’exécutif assume haut et fort un clientélisme comme jamais la région n’en a connu. Son président a pris fait et cause pour les chasseurs même pour ceux qui sont hors la loi de la République (lettre au président de la République).

L’exécutif régional ne craint même pas de s’emmêler les palmes dans ses objectifs. En effet, que viennent faire ces radars pour atteindre les objectifs du plan biodiversité surtout axés sur la biodiversité des chemins ruraux, des bords de route et des délaissés non agricoles avec comme indicateur la petite faune gibier : la Perdrix grise ?

Le radar utilisé par les chasseurs est-il une innovation pour l’étude des oiseaux ? NON

car l’utilisation des radars n’est pas nouvelle, elle a débuté en 1960. Plus récemment, le projet « Future of the Atlantic Marine Environment » (FAME) coordonné par la LPO a même déjà mis au point un système d’enregistrement automatique des données1a. En 20051b, le radar a révélé son utilité pour détecter les peuplements de chauves-souris et il est régulièrement utilisé pour toutes les études d’implantation des parcs éoliens.

Les radars vont-ils permettre de mieux connaître la faune des Hauts-de-France ? NON

car le radar vertical ne détecte que les oiseaux qui passent haut en altitude. Ce sont des migrateurs qui, dans leur très grande majorité, partent vers les zones d’hivernage dans le sud ou qui repassent au-dessus de la région vers leurs sites de nidification dans le Nord de l’Europe.

Le suivi des vols migratoires au-dessus du point fixe où se trouve le radar enregistre les effectifs des oiseaux qui passent sans possibilité de distinguer ceux qui quittent une zone perturbée ou fuient les conditions météorologiques défavorables, de ceux qui migrent véritablement. Ces différents comportements sont des sources d’erreurs bien connues des ornithologues par double comptage lors des allers-retours entre différentes zones d’hivernage.

Les données recueillies par les radars sont inutilisables quand les conditions météorologiques sont mauvaises : tempêtes, grosse pluie, neige… car elles créent des échos parasites qui ne permettent pas de les distinguer des échos des oiseaux.

On peut même douter que ces radars sachent faire la distinction entre les différentes espèces en déplacement notamment celles très proches par la taille et le comportement en vol. D’ailleurs, dans le rapport de leur utilisation en baie de Somme1d, les données présentées ne distinguent que des Passereaux et des « oiseaux d’eau » ce qui reflète un niveau de détermination très imprécis.

 Les radars vont-ils permettre de mieux connaître les Oiseaux qui nichent dans les Hauts-de-France et le reste de la faune ? NON

car le radar n’est pas conçu pour repérer les oiseaux en train de nicher. De plus, ils n’apportent rien à la connaissance des Amphibiens, des Reptiles, des papillons, des libellules, des coccinelles, des abeilles, des bourdons… dont les ornithologues amateurs et professionnels des associations d’étude de la faune assurent les suivis depuis au moins 50 ans pour certaines espèces et mettent leurs données à la disposition de tous à travers SIRF et le réseau des acteurs de l’information naturaliste2.

Les radars vont-ils permettre de mieux connaître les espèces qui stationnent et hivernent dans les Hauts-de-France ? NON

car le radar compte uniquement les oiseaux qui passent en vol et pas ceux qui se posent et stationnent dans les Hauts-de-France, dont les ornithologues amateurs et professionnels assurent en grande partie les suivis depuis au moins 50 ans dans la région et peuvent ainsi produire des données fiables pour mesurer l’évolution de leurs effectifs3.

Les radars vont-ils permettre de vérifier si les printemps dans les Hauts-de-France seront définitivement silencieux4 ? NON

car l’étude des vols migratoires ne permet pas de mesurer l’état de conservation d’une espèce.

Les scientifiques et naturalistes du monde entier travaillent depuis longtemps sur la problématique de l’état de conservation des populations d’oiseaux. Il est basé sur des méthodes standardisées et reproduites régulièrement afin de définir pour chaque espèce l’évolution de « son aire de répartition, l’effectif de ses populations, la surface des habitats occupés par l’espèce, ses perspectives futures de maintien » (DREAL).

Alors à quoi va-t-il servir ?

À défaut de distinguer les espèces, les données radar permettent de renseigner la phénologie du flux migratoire, la hauteur et la vitesse des vols, leur direction et d’établir une corrélation entre ces caractéristiques et les données météorologiques.

Même si les chasseurs ne font pas état d’une méthode standardisée de suivi radar, les données recueillies grâce à des fonds publics seraient utiles pour alimenter les bases de données des associations naturalistes françaises et européennes sur la migration.

Dans un autre cadre, les données radar permettent également de vérifier si le site prévu pour implanter des éoliennes risque de perturber les flux migratoires à cet endroit et de mettre en place des mesures d’évitement des risques de collision, voire d’en interdire l’implantation. ». Cette technique est utilisée en France depuis 20031b.

Cependant, ces données radar ne peuvent en aucun cas permettre d’établir l’état de conservation d’une espèce, pas même celle de l’Oie cendrée dont les chasseurs demandent l’autorisation de prolonger sa chasse en février ce qui leur a logiquement toujours été refusé, car cela est en contradiction avec toutes les données de la biologie des espèces : on ne tue pas des espèces prêtes à se reproduire. D’ailleurs les scientifiques de l’ONCFS1e ont donné un avis négatif aux demandes des chasseurs basées sur les données radar qu’ils avaient mises en œuvre  dans ce but.

1a. Ruché, D., 2013. Radar ornithologique ; étude 2012 dans deux aires marines protégées- Action 2B 2012 Report from FAME Project. LPO-SEPN, France. 18 p.

1b. Devos, S., Raevel, P., Govaere, A., Vaillant, J.-C. & Devos, R., 2005. Nouvelles techniques d’investigation par radar des peuplements de Chiroptères. Colloque SETRA –Route et faune sauvage. GREAT Ingénierie, Audinghen ; E.D.D., Lille. 5 p.

1c. Govaere, A., Devos, S., Elleboode, C., Andre, Y., Delcourt, A. & Lagrange, H., 2008. Actes du 32e Colloque francophone d’ornithologie. ADEME, Ministère de l’Environnement, SER-FEE et LPO. 14 p.

1d. http://www.isnea.eu/suivi-radar-et-aeroecologie-dans-la-somme/

1e. Le service scientifique de l’ONCFS dans un rapport pour le ministère du 15/12/2017 conclut : « Comme détaillé précédemment, le radar ne permet généralement pas de déterminer directement  les espèces, ni les effectifs lorsqu’un écho est constitué d’un vol dense de plusieurs individus.

Pour pallier cette limite, il est possible de coupler les enregistrements radar à des observations visuelles, pour identifier les échos détectés et dénombrer les effectifs concernés. Cette solution est réalisable de jour, mais pas de nuit. »

2. SIRF

3. Luczak, C., 2017. Évolution des populations d’oiseaux communs nicheurs dans le Nord – Pas-de-Calais (1995-2014). Collection Faune du Nord – Pas-de-Calais, tome 1. GON, Lille. 216 p.

4. La moitié des espèces nicheuses des milieux agricoles a disparu en moins de vingt ans dans le Nord – Pas-de-Calais. Voir ici