Arrêt sur image à la 18ème minute du film de Vincent Amouroux, « Super Spider : le Règne de l’Araignée » (Amouroux, 2012). L’aranéologue Christine Rollard arpente la campagne et elle nous présente Hyptiotes paradoxus, « l’Araignée triangle », une Araignée à la fois triangulaire par son abdomen et par sa toile. L’Araignée se trouve dans une haie de thuyas, ce qui est assez peu campagnard :
les thuyas sont des arbres ornementaux souvent utilisés en haies dans les lotissements des villes et des banlieues. Notre Araignée se trouve-t-elle là par hasard ? Pas du tout, et Christine Rollard n’est pas là non plus par hasard ! Dans le guide « A la découverte des Araignées » d’Alain Canard et Christine Rollard (Éditions Dunod, 2015), il est précisé que cette Araignée tisse sa toile « dans les buissons composés surtout d’arbres à feuilles persistantes. Elle colonise donc des bois, des haies de jardins, de thuyas, de buis, etc. »

Par ailleurs, dans différents guides, on la signale dans des épicéas, des genévriers, des ifs, des cyprès, du buis… En résumé, voilà une Araignée qui semble rechercher les arbres et arbustes à feuilles persistantes, dont les Gymnospermes (résineux et ifs).

Les données de Clicnat (base de données de Picardie-Nature) sont considérées comme insuffisantes pour évaluer la rareté de l’espèce (13 données) ; dans l’Atlas préliminaire des Araignées du Nord et du Pas-de-Calais, Sylvain Lecigne mentionne une seule observation : la tourbière de Marchiennes.
Cette Araignée est-elle réellement rare ou l’est-elle parce qu’elle n’a pas été recherchée là où elle est susceptible de se trouver, à savoir dans des haies de thuyas ou plus généralement d’arbustes à feuilles persistantes ? Les deux photos ci-jointes ont été prises dans la haie d’un parking d’hôtel à Senlis (Théalie Dhellemmes, comm. pers.). Est-ce un coup de chance ou le signe que l’espèce est assez courante ?
Voilà donc le but de la recherche : explorer des haies de banlieues, de lotissements, etc. , des milieux qui sont finalement très peu visités lors les activités naturalistes !
Comment la reconnaître : elle construit sa toile à hauteur d’homme en général, toile triangulaire composée de 3 secteurs (on peut la repérer plus facilement quand il y a de la rosée ou en utilisant un vaporisateur!). L’araignée elle-même a un abdomen conique arrondi vu de profil.

Pour l’anecdote, Christine Rollard et Philippe Blanchot nous expliquent dans le livre « Fascinantes Araignées » (Éditions Quae, 2017) que cette araignée se place au bout de la toile qu’elle tend avec ses pattes. Dès qu’une proie tombe dedans, elle relâche le fil pour que la toile devienne plus souple, ce qui rend le piège plus efficace. « Aucune proie de taille adaptée n’a été vue se libérant du piège, ce qui témoigne de la performance de ce système », ajoute Heiko Bellmann dans son guide (Delachaux et Niestlé, 2014). A noter qu’elle ne produit pas de venin.

Normalement, on a affaire, dans nos contrées, à Hyptiotes paradoxus mais, réchauffement climatique oblige, H. flavibus pourrait remonter vers le nord. La femelle d’ H. paradoxus (printemps, été) mesure de 5 à 6 mm de long ; le mâle (fin d’été) 4 mm. La femelle d’H. flavibus (fin d’été jusqu’en hiver) mesure de 2,7 à 4,4 mm, le mâle (fin d’été jusqu’en hiver) 2,2 à 3 mm.
Quand chercher : la période favorable (présence d’adultes) va de juillet à octobre.

Il serait intéressant de préciser sur quelle espèce de Gymnosperme elle a éventuellement été trouvée (une clé d’identification simplifiée des Gymnospermes est proposée ci-dessous) ou s’il s’agit d’une haie à arbustes à feuilles persistantes de type « Laurier ».

Hyptiotes, seras-tu là ?!

Principaux Gymnospermes du nord de la France :
Toutes les espèces décrites ci-dessous appartiennent à l’ordre des Pinales (« résineux ») sauf l’If qui appartient à l’ordre des Taxales.

Feuilles toutes en forme d’écaille :
– écailles se touchant dans leur partie inférieure sur 1/3-1/2 de leur longueur : Cyprès (Cupressus sp.,
Chamaecyparis sp. et hybrides) : fig. 1
-écailles ne se touchant pas ou uniquement en un point à leur base : Thuya (Thuja sp.) : fig. 2

Feuilles toutes en forme d’aiguille : 4 possibilités :

  • 1-aiguilles réunies par 2-5 dans une gaine commune (cette gaine parfois caduque) : Pin (Pinus sp.) : fig. décrits ci-dessous ont tous 2 aiguilles par gaine :
    -aiguilles de 3-7 cm de long : Pin sylvestre (Pinus sylvestris)
    -aiguilles larges de moins de 1,5 mm, longues de 6-16 cm, gaine de 10-16 mm : Pin noir (Pinus nigra)
    -aiguilles larges de plus de 1,5 mm, longues de 10-23 cm, gaine de 18-25 mm : Pin maritime (Pinus pinaster)
  • 2-aiguilles réunies par 3 en verticille, sans gaine, piquantes, à bande blanchâtre au dessus, à galbule (« baie ») vert puis noir bleuté : Genévrier (Juniperis comunis) : fig. 4
  • 3-aiguilles réunies en rosettes par 15-60 (fig. 5) :
    -aiguilles souples, plates, caduques ; cônes inférieurs à 4 cm de long, se détachant entiers de l’arbre : Mélèze (Larix sp.)
    -aiguilles rigides, non comprimées, persistantes ; cônes de plus de 4 cm de long, se désagrégeant en partie sur l’arbre : Cèdre (Cedrus sp.)
  • 4-aiguilles isolées :
    -rameaux restant verts jusqu’à la 2ème année au moins (extrémité des branches) ; aiguilles soupes, plates, non piquantes, de 1-3 cm de long, marquées de 2 bandes vert clair à la face inférieure ; « baie » rouge : If (Taxus baccata) : fig. 6
    -rameaux brunissant rapidement :
    -aiguilles de 15 à 25 mm de long, insérées sur une petite saillie, ce qui rend le rameau défeuillé râpeux quand il est frotté de haut en bas : Epicea (Picea sp.) : fig. 7
    -aiguilles insérés directement sur le rameau, possédant au moins à la face inférieure 2 bandes blanchâtres (« traces de ski ») : Sapin (Abies sp.) : fig. 8
    Feuilles à la fois en forme d’aiguilles et en forme d’écailles : il peut s’agir d’espèces ornementales de Genévriers (Juniperus sp.).